Jean-Paul Rappeneau est décédé ce lundi 1er septembre à l’âge de 94 ans. Reconnu pour ses films tels que Cyrano de Bergerac, Le Hussard sur le toit ou encore Bon voyage, il laisse derrière lui une œuvre marquée par la précision, l’élégance et le spectacle. Sa disparition a été largement saluée par de nombreux professionnels du cinéma.
Parmi les actrices ayant collaboré avec lui, Isabelle Adjani garde un souvenir fort de leurs tournages. Elle a travaillé deux fois sous sa direction, dans Tout feu tout flamme en 1981 et dans Bon voyage en 2002. Dans un entretien avec Le Parisien, elle évoque ces expériences et raconte une anecdote particulière impliquant Gérard Depardieu.
Une scène surprenante avec Gérard Depardieu
Son premier tournage avec Rappeneau reste un bon souvenir pour l’actrice. Elle décrit Tout feu tout flamme comme un moment agréable, serein, marqué notamment par les paysages suisses et Yves Montand à vélo. En revanche, l’ambiance était différente lors du tournage de Bon voyage, un film plus coûteux et compliqué à réaliser. La pression était plus forte, et le réalisateur semblait plus anxieux.
Elle raconte notamment un matin où Gérard Depardieu aurait décidé de ne plus apprendre ses répliques. Selon ses mots, l’acteur aurait « décrété qu’il n’apprendrait plus son texte ». Cette décision a rapidement compliqué le travail de toute l’équipe. Isabelle Adjani explique qu’ils ont dû tous recourir à des antisèches, avec les répliques collées sur eux, y compris sur son chapeau et sa veste lorsqu’elle était hors champ.
Ce comportement aurait mis en colère Jean-Paul Rappeneau. Selon l’actrice, le réalisateur, qui attachait une grande importance au respect des dialogues, aurait alors arraché le chapeau de Depardieu et le piétiné en criant : « Le grand Depardieu est mort ! »
Une méthode exigeante de Jean-Paul Rappeneau
Malgré cette scène mouvementée, Isabelle Adjani ne garde aucune rancune. Elle souligne surtout le talent du cinéaste. Elle raconte qu’au montage, Rappeneau a fait un travail remarquable, notamment sur la performance de Depardieu. Pour elle, cette anecdote illustre la personnalité très exigeante du réalisateur.
Rappeneau avait sa propre méthode, avec une obsession pour la précision des dialogues. Les acteurs devaient les connaître « à la virgule près » et parler très rapidement, dans un style inspiré du cinéma américain des années 1940 et 1950. Selon Adjani, tout cela était empreint d’une certaine splendeur, d’élégance, et tout ce qui pouvait évoquer la vulgarité était totalement exclu.
Cette exigence explique aussi, selon l’actrice, pourquoi il n’a réalisé que huit films en tout. « Pour imaginer, composer, écrire, préparer un film, il mettait toute sa vie », confie-t-elle au Parisien. Elle ajoute qu’il lui avait proposé de jouer Roxane dans Cyrano de Bergerac, mais le rôle a finalement été donné à Anne Brochet. Elle exprime aussi regret de ne pas avoir pu l’interpréter.
Malgré la distance qui s’est créée entre eux, Isabelle Adjani continue de penser à lui. Elle compare sa personnalité à la troisième movement de la Symphonie n°5 de Sibelius, parlant de sa « joie pure, physique, cosmique ». Elle rend ainsi hommage à un réalisateur qu’elle qualifie de « chef d’orchestre » dont le cinéma continue de vivre dans la mémoire de ceux qui l’ont côtoyé.














