Des centaines de lycées touchés, des cortèges dans tout le pays et un lourd bilan de violences : la mobilisation lycéenne de cette année est particulièrement intense. Cependant, l’histoire montre que ces mouvements ne sont pas inédits en France.
Ce mardi 6 octobre, l’Éducation nationale indique que 891 lycées ont été partiellement ou totalement fermés, par des fermetures administratives. À 17 heures, le ministère de l’Intérieur recensait 256 000 manifestants dans tout le pays, dont 56 000 à Paris. Les manifestants, composés d’élèves, de parents et d’enseignants, dénoncent notamment le manque de professeurs, l’état dégradé des établissements et l’angoisse liée à Parcoursup.
Les violences ont également été nombreuses. Selon l’Intérieur, plus de 6 000 personnes ont été interpellées depuis la fin septembre, et 715 policiers ou gendarmes ont été blessés. Matignon évoque aussi 215 élèves blessés. Ce week-end, plusieurs établissements ont été incendiés ou vandalisés, comme le lycée Nelson-Mandela à Nantes, dont les dégâts sont estimés à 20 millions d’euros. Ces chiffres ne représentent pas le bilan précis de ce mardi, mais donnent une idée de la gravité de la situation.
Le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, a déclaré à l’Assemblée que dans une démocratie, la violence ne peut être tolérée. La mobilisation prolongée rappelle que l’histoire récente de la jeunesse française est ponctuée de vagues de contestation qui ont souvent secoué le pouvoir.
1968 et 1973 : la jeunesse en mouvement
En mai-68, les lycéens ont rejoint les étudiants dans la contestation. La nuit des barricades, du 10 au 11 mai, a fait de nombreux blessés. Le mouvement s’est rapidement étendu, entraînant jusqu’à sept millions de grévistes et une paralysie sociale sans précédent. Cinq ans plus tard, la loi Debré, qui durcit le service militaire, a également été contestée par les lycéens.
En mars 1973, plus de 200 000 jeunes ont manifesté à Paris et en province. Des affrontements ont eu lieu notamment à Lille. Le gouvernement a répondu par des aménagements, sans revenir sur la loi.
Les grandes mobilisations des années 1986 à 1998
En 1986, contre le projet Devaquet et la sélection à l’université, lycéens et étudiants ont uni leurs voix. Le 4 décembre, Paris a rassemblé 200 000 personnes selon la police, un million selon les organisateurs. Malik Oussekine a été tué lors de ces manifestations, ce qui a conduit le président de l’époque, Jacques Chirac, à retirer le projet.
En novembre 1990, plus de 100 000 jeunes ont manifesté à Paris pour protester contre des mesures éducatives. La violence s’est intensifiée avec des vitrines brisées et des agressions. Le gouvernement a alors annoncé un plan d’urgence de 4,5 milliards de francs pour le secteur.
En 1994, la contestation s’est portée contre un contrat d’insertion professionnelle rémunéré sous le SMIC. Plus de 200 000 jeunes ont manifesté le 17 mars, et le dispositif a finalement été abandonné.
En 1998, la mobilisation a été massive : 500 000 manifestants dans toute la France. À Paris, des commerces ont été pillés et des véhicules incendiés. Ces mouvements témoignent des revendications persistantes sur les conditions d’études et d’enseignement.
2006 : un précédent important
En 2005, la réforme Fillon avait déjà suscité une forte opposition. Selon la police, 165 000 personnes avaient manifesté le 8 mars, tandis que les organisateurs évoquaient 200 000. Des agressions avaient touché des lycéens eux-mêmes dans les cortèges.
En 2006, le mouvement a pris une dimension plus large. Contre le contrat première embauche (CPE), les lycéens ont rejoint les étudiants et les syndicats dans la contestation. Le 28 mars, près de 320 lycées étaient bloqués ou perturbés, et plus d’un million de personnes ont défilé dans toute la France, selon l’Intérieur, ou 3 millions selon les syndicats. Le CPE a été abandonné, mais le mouvement a été marqué par de violents affrontements et plus de 4 350 interpellations.
Des mouvements plus récents : 2010 et 2018
En 2010, les lycéens ont rejoint la contestation contre la réforme des retraites. Le 19 octobre, près de 380 établissements étaient perturbés, avec des affrontements à Lyon et Nanterre.
En décembre 2018, ils ont protesté contre Parcoursup et la réforme du baccalauréat, en lien avec le mouvement des Gilets jaunes. Le 11 décembre, 450 lycées étaient perturbés, dont 60 totalement bloqués. Des incendies, des jets de projectiles et des interpellations ont marqué cette séquence. La vidéo de jeunes interpellés à Mantes-la-Jolie a suscité beaucoup de réactions.
Ce contexte montre que, malgré les différences dans la nature des revendications, ces mouvements témoignent d’un malaise profond chez la jeunesse et de leur capacité à faire vaciller le système. Avec près d’un millier d’établissements bloqués en 2026, la mobilisation dépasse largement celles de 2006 et de toutes les années précédentes. La guerre d’usure sur le terrain éducatif reflète une crise qui ne semble pas prête de s’apaiser.














