En France, selon les dernières projections de l’INSEE pour 2025, l’espérance de vie s’élève à 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes. Cet écart s’explique principalement par une moindre prévention chez les hommes et une exposition plus fréquente à des conditions de travail difficiles. Malgré des traitements médicaux toujours plus performants, beaucoup cherchent encore des moyens pour vivre plus longtemps en bonne santé. Une piste intrigante : un médicament initialement prescrit pour le diabète pourrait avoir des effets bénéfiques sur le vieillissement, selon le Dr William Berrebi, gastro-entérologue et hépatologue, dans son livre Vivez 100 ans grâce à votre microbiote.
Qu’est-ce que la metformine ?
La metformine est un médicament commercialisé sous les noms de Glucophage ou Stagid. Administrée par voie orale, cette molécule est principalement utilisée pour traiter le diabète de type 2 en réduisant le taux de sucre dans le sang. Elle est aujourd’hui l’un des médicaments les plus couramment prescrits dans le monde. Son efficacité est telle que le Dr Berrebi souligne qu’il ne faut pas la considérer uniquement comme un hypoglycémiant, mais comme un traitement aux multiples potentialités.
Une molécule aux propriétés bien plus vastes
Au-delà de sa capacité à réguler la glycémie, la metformine pourrait jouer un rôle dans la prévention de plusieurs maladies liées à l’âge. Une étude menée en Australie sur 41 000 personnes âgées de 68 à 81 ans a montré que la prise de ce médicament était associée à une baisse des risques de démence, de maladies cardiovasculaires et de dépression. Elle pourrait aussi réduire le risque de certains cancers, comme ceux du poumon, du pancréas, du sein ou du côlon, avec une diminution pouvant atteindre 40 %.
Comment expliquer ces effets ? La metformine aurait une action directe sur le cerveau en inhibant la neuro-inflammation. Elle pourrait aussi réguler la flore intestinale, augmentant la proportion de bonnes bactéries et ralentissant ainsi le déclin cognitif. Le Dr Berrebi insiste : « Derrière ces chiffres, il y a des personnes dont la vie a été transformée par un médicament dont le coût journalier est inférieur à 10 centimes d’euro. C’est un message d’espoir pour beaucoup. »
Des résultats prometteurs chez l’animal et en recherche humaine
Les études sur les animaux montrent que la metformine pourrait avoir des effets anti-vieillissement. En 2021, une publication dans Gut Microbes rapportait une augmentation de 6 % de la durée de vie de souris traitées avec ce médicament. Une étude est également en cours aux États-Unis, impliquant 3 000 participants non diabétiques âgés de 65 à 79 ans. Sur six ans, l’objectif est de vérifier si la metformine peut réduire le développement de maladies liées à l’âge et le déclin cognitif.
Un retard dans la prescription médicale
Comment interpréter ces résultats dans la pratique quotidienne ? Le Dr Berrebi évoque « un retard de la médecine généraliste ». Bien que certains chercheurs, souvent eux-mêmes utilisateurs, prennent régulièrement de la metformine à raison d’un gramme par jour, il est peu probable que la majorité des médecins prescrivent ce traitement hors contexte du diabète ou de la prévention spécifique. La prudence et le manque de preuves suffisantes freinent encore sa diffusion.
Malgré cela, le médecin reste persuadé que la metformine pourrait bientôt être utilisée plus largement pour prévenir le vieillissement et ses maladies, comme le cancer ou Alzheimer, même si elle en est encore à ses débuts dans ce domaine. La recherche continue, et l’avenir pourrait réserver de nouvelles applications à cette molécule aux vertus surprenantes.














