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Emmanuel Macron a décidé d’inscrire Marc Bloch, célèbre historien fusillé par les nazis en 1944 pour faits de résistance, au Panthéon. Cette démarche, qu’il a menée ce mardi, suscite de multiples réactions dans le paysage politique. Si le président actuel voit dans cette panthéonisation une reconnaissance de l’engagement de l’intellectuel, d’autres personnalités politiques y voient également une occasion de s’en réclamer, chaque camp y allant de son interprétation.

L’hommage d’un président, mais pas seulement

Ce choix de Macron apparaît comme un geste symbolique, mais il aurait pu être porté par d’autres chefs d’État. Marc Bloch, connu pour ses travaux dans l’histoire et notamment pour son livre L’étrange défaite, est considéré comme une figure majeure de la résistance face à l’occupation nazie. Son entrée au Panthéon semble aussi refléter une lecture politique du parcours de l’historien, peut-être la dernière sous le mandat actuel.

Selon un proche du président, Marc Bloch « pensait le passé pour agir dans le présent » et n’avait pas une conception figée de l’histoire. Une déclaration qui illustre la dimension politique que certains lui attribuent aujourd’hui.

Une figure mobilisée par tous les camps politiques

Depuis plusieurs années, la figure de Marc Bloch est utilisée à des fins politiques. En juin dernier, le député Aurélien Rousseau, ancien ministre et ancien directeur de cabinet d’Élisabeth Borne, a évoqué l’historien dans un message sur X (ex-Twitter). Il a fait référence à L’étrange défaite pour critiquer une couverture médiatique appelant à « renouer avec la Russie », en évoquant notamment des personnalités comme Philippe de Villiers, Luc Ferry ou Henri Guaino.

De son côté, Édouard Philippe, ancien Premier ministre, a salué la lucidité de l’ouvrage de Marc Bloch dans un entretien à Libération. Il souligne notamment son analyse de la situation politique face à la montée du Rassemblement national en 2027.

Nicolas Sarkozy et l’exploitation politique de Marc Bloch

C’est surtout lors de sa présidence que Nicolas Sarkozy s’est largement appuyé sur la figure de Marc Bloch. En 2008, il a cité l’historien pour alimenter le débat sur « l’identité nationale ». Lors d’un discours, il a évoqué la « fierté d’être français », l’héritage chrétien et le patriotisme, en s’appuyant sur ses travaux.

Déjà en 2007, lors de la campagne présidentielle, Sarkozy avait cité plusieurs résistants, dont Marc Bloch et Guy Môquet, promettant que la lecture de la lettre de ce dernier serait obligatoire pour rappeler l’héritage patriotique.

Les critiques et la controverse

La famille de Marc Bloch, notamment sa petite-fille Suzette Bloch, a exprimé son mécontentement face à cette instrumentalisation. Dans une tribune publiée dans Le Monde, elle dénonce un détournement de la figure de l’historien au profit de discours électoralistes ou idéologiques, qui n’ont rien à voir avec ses engagements et sa vision du monde.

Marc Bloch, dans L’étrange défaite, évoque deux visions opposées de l’histoire de France : ceux qui vibrent pour le sacre de Reims et ceux qui lisent avec émotion la Révolution. Cette citation a été souvent utilisée pour cristalliser des positions politiques, ce qui inquiète la famille.

L’instrumentalisation et la récupération politique

Selon l’historien Olivier Lévy-Dumoulin, biographe de Marc Bloch, cette utilisation de ses travaux par différents camps est facilitée par le fait que l’historien ne voulait pas se ranger derrière une seule interprétation. Son œuvre, notamment sa contribution à la revue des Annales, a révolutionné l’étude de l’histoire en l’ouvrant à l’anthropologie, l’économie ou la sociologie.

Sa capacité à représenter une figure « consensuelle » a permis à l’extrême droite de s’en emparer. En 2015, Marion Maréchal a repris une citation de Marc Bloch pour souligner l’importance du sacre de Reims et de la fête de la Fédération, en la détournant à des fins nationalistes.

Une exclusion symbolique de Marine Le Pen

En 2025, lors de l’entrée de Marc Bloch au Panthéon, Marine Le Pen a annoncé qu’elle ne participerait pas à la cérémonie. La famille de l’historien, qui a aussi rappelé ses engagements juifs et son opposition à la collaboration nazie, a dénoncé la récupération de sa figure par le Rassemblement national. Elle a notamment demandé que les représentants de ce parti soient exclus de la cérémonie, en soulignant l’engagement « antinationaliste » de l’historien.

Le protocole républicain prévoit normalement la présence des chefs de groupes parlementaires, mais Marine Le Pen a choisi de ne pas venir, conformément à la pratique lors de l’entrée de figures comme Robert Badinter.

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