Pour la première fois, des chercheurs ont réussi à dater précisément des peintures paléolithiques en Dordogne. Cette avancée a été rendue possible grâce à l’utilisation de techniques modernes de détection du carbone.
Une équipe du CNRS a confirmé l’âge de représentations rupestres dans la grotte de Font-de-Gaume, située aux Eyzies. Cette étude, publiée lundi dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), révèle que certaines peintures ont été réalisées avec une matière colorante à base de carbone, probablement du charbon de bois.
Une datation grâce au carbone 14
Il s’agit d’une étape inédite, car jusqu’à présent, aucune figure réalisée avec du noir de carbone n’avait été identifiée en Dordogne, ni même à Lascaux. Pourtant, ce matériau était courant à l’époque paléolithique, car facilement accessible et utilisé pour dessiner dans les grottes. La méthode de datation au carbone 14 permet de déterminer l’âge de ce type de pigment jusqu’à -50.000 ans.
Ce procédé a déjà permis de dater des œuvres comme celles de la grotte Chauvet, en Ardèche, à environ -36.000 ans, où le charbon de bois avait été utilisé. En revanche, pour Lascaux, les datations se basent encore sur des comparaisons stylistiques et la datation des dépôts géologiques et vestiges archéologiques, situant l’art entre 18.000 et 15.000 ans avant le présent.
Une nouvelle estimation pour Font-de-Gaume
Jusqu’à présent, les préhistoriens estimaient que les peintures de Font-de-Gaume dataient entre 18.000 et 16.000 ans, sans preuve directe. Pour confirmer leur âge, les scientifiques ont utilisé plusieurs techniques d’imagerie de pointe sur deux dessins représentant un bison et un masque. Ces analyses ont d’abord montré l’absence de manganèse, puis la présence de carbone.
Pour s’assurer qu’il s’agissait bien de pigment d’origine paléolithique, ils ont utilisé l’imagerie hyperspectrale. Cette technique permet de mesurer la couleur à chaque point et d’en déduire la composition chimique. Selon Ina Reiche, physico-chimiste, ces résultats sont très convaincants : ils montrent que le trait a été entièrement réalisé avec du carbone.
Des datations précises et des détails surprenants
Grâce à ces analyses, les chercheurs ont pu justifier la réalisation de micro-prélèvements pour une datation au carbone 14. Selon les résultats, le bison aurait été peint entre 13.461 et 13.162 ans avant notre ère. La lèvre supérieure et la lèvre inférieure du masque ont été datées respectivement entre 15.981 et 15.121 ans, et entre 15.297 et 14.246 ans.
Une différence notable a été observée pour l’œil gauche du masque, qui semble plus récent, daté entre 8.590 et 8.993 ans avant notre ère. Cette disparité pourrait indiquer une retouche ou une intervention ultérieure, la présence de carbone moderne pouvant fausser la datation.
Un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco
La grotte de Font-de-Gaume, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, est l’un des joyaux de l’art pariétal. Ses parois sont ornées de gravures et de dessins, représentant notamment des bisons, des mammouths, des chevaux, des cerfs, ainsi que des « masques » humains. Des analyses antérieures avaient montré que les pigments utilisés, allant du noir au brun, du rouge au jaune, étaient composés d’oxydes de fer et de manganèse.














