Analyse de Jérôme Fourquet sur les ambitions de Mélenchon en 2027
Le directeur du pôle Opinion de l’Ifop, Jérôme Fourquet, s’interroge sur les chances de Jean-Luc Mélenchon d’accéder au second tour de l’élection présidentielle en 2027. Selon lui, le candidat de La France Insoumise s’est constitué une stratégie politique mûrement réfléchie, notamment après le score manqué en 2022, où il a rassemblé près de 420 000 voix de moins que nécessaire pour défier Emmanuel Macron au second tour.
Une stratégie basée sur les abstentionnistes des banlieues
Fourquet souligne que Mélenchon a réalisé des scores très élevés dans certains quartiers populaires en 2022, notamment à La Courneuve, Garges-lès-Gonesse, Saint-Denis ou Bobigny, où il dépassait souvent son score national. Ces villes présentent aussi un taux d’abstention supérieur à la moyenne nationale, avec parfois plus de 40 % d’inscrits qui ne votent pas. La stratégie de La France Insoumise consiste à mobiliser ces abstentionnistes pour qu’ils votent Mélenchon lors de la prochaine élection, en espérant qu’ils feront le même choix que leurs voisins ou leur entourage.
69% des Français musulmans ont voté Mélenchon en 2022. Aucun autre groupe social, culturel ou religieux n’a voté de façon aussi homogène.
Une base solide dans les couches populaires
Jérôme Fourquet rappelle que Mélenchon a déjà su capter une partie importante des électeurs issus des classes populaires. En 2022, il a obtenu 21,9 % des suffrages au niveau national, avec une majorité dans ces milieux. Par exemple, il a recueilli 34 % des voix des employés en CDD ou intérim, 30 % des personnes gagnant moins de 900 euros nets par mois, et 29 % des locataires en HLM. La communauté musulmane est particulièrement fidèle à Mélenchon, avec un score de 69 %. Selon lui, cette homogénéité est unique et témoigne de l’importance de la religion dans le vote.
Les enjeux des municipales pour la stratégie présidentielle
Lors des élections municipales de 2024, Mélenchon a mobilisé une nouvelle génération de jeunes députés dans des villes universitaires comme Montpellier, Rennes ou Toulouse, ainsi que dans des quartiers populaires tels que La Courneuve ou Vénissieux. Ces résultats, considérés comme une étape dans sa stratégie de 2027, montrent que La France Insoumise a réussi à s’implanter localement, avec un score moyen de 12,4 % dans les villes où elle a présenté des listes. Ce chiffre est deux fois supérieur à celui de 2020, même si, en comparaison avec d’autres scrutins, le potentiel reste encore sous-exploité.
Cependant, Fourquet note que l’électorat insoumis est souvent tenté de voter utile lors des municipales. À Paris, par exemple, seulement 54 % des électeurs habituels de LFI ont voté pour la candidate lors du second tour, le reste préférant soutenir le maire sortant ou s’abstenir. La tendance est similaire à Lyon ou Strasbourg, où la stratégie de vote utile a aussi prévalu.
Un front anti-LFI en développement, notamment à Toulouse
Le cas de Toulouse illustre cette dynamique. François Piquemal, arrivé en tête à gauche lors du premier tour, a vu seulement 69 % de ses électeurs se rallier à sa liste lors du second. Un tiers de ses électeurs ont préféré l’abstention ou ont voté pour le maire sortant, Jean-Luc Moudenc. Jérôme Fourquet souligne qu’un front anti-LFI s’est aussi constitué, avec notamment une forte mobilisation des électeurs du Rassemblement national et une abstention accrue lors du second tour.
Par ailleurs, l’image de Jean-Luc Mélenchon reste ambivalente. Son rejet dans l’opinion publique et sa faible popularité dans certains baromètres pourraient limiter ses chances en 2027. Il ne figure qu’en 48e position des personnalités préférées des Français, ex-aequo avec d’autres figures politiques, ce qui témoigne d’une image très polarisée.














