PARTAGER

Une décision politique qui divise

Le ministère de l’Intérieur a décidé d’expulser Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de RT France, une chaîne proche du Kremlin, aujourd’hui chroniqueuse sur CNews, Europe 1 et JDNews. La décision a provoqué un vif débat dans le monde politique français.

Accusée par le ministère de l’Intérieur d’être « un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » pour « déstabiliser l’ordre public » en France, la journaliste russe a reçu un arrêté ministériel d’expulsion le mercredi 29 juillet. Elle prévoit de contester cette décision.

Selon l’arrêté, son comportement « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et sa présence en France « constitue une menace grave et actuelle pour l’ordre public ». Cette mesure a suscité la colère de plusieurs figures de l’extrême droite française.

Réactions politiques

« En expulsant Xenia Fedorova, Emmanuel Macron, met en place le délit d’opinion », a déclaré Nicolas Dupont-Aignan, leader de Debout la France.

Un débat sur la liberté d’expression

Certains politiciens de l’extrême droite dénoncent ce qui pourrait devenir une atteinte à la liberté d’expression. Florian Philippot, par exemple, a qualifié cette décision de « folie pure » et a appelé à résister.

De leur côté, des proches du président, comme Florian Philippot, estiment que cette expulsion illustre un abus de liberté d’expression. Selon eux, la journaliste pourrait être expulsée simplement parce qu’elle exprime un point de vue critique envers le gouvernement et l’Union européenne sur la guerre en Ukraine.

Le profil de Xenia Fedorova

Ancienne responsable de RT France, chaîne qui a fermé ses portes en raison du contexte de la guerre en Ukraine, Xenia Fedorova est une chroniqueuse régulière sur CNews, Europe 1 et JDNews. Elle est connue pour défendre systématiquement Vladimir Poutine.

Elle affirme que « c’est l’Occident qui a décidé de prolonger la conflit en Ukraine » et que l’Europe serait tentée d’« aller en guerre contre la Russie ». Sa présence dans ces médias, proches du milliardaire Vincent Bolloré, n’est pas nouvelle.

Une prolongation de séjour controversée

En mai dernier, un article du Monde révélait que son titre de séjour avait été prolongé jusqu’en 2024 par le ministère de l’Intérieur. La prolongation de dix ans n’a pas été contestée par le gouvernement, qui a affirmé qu’il s’agissait d’une procédure automatique pour les étrangers en situation régulière.

Ce renouvellement a toutefois été vivement critiqué par la classe politique. Emmanuel Macron l’a qualifiée de « propagandiste » de Poutine, et le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, l’a accusée d’être « un relais à la désinformation du Kremlin ».

Une assignation à résidence et des réactions

Depuis la notification de l’expulsion, Xenia Fedorova est placée en résidence surveillée. Elle doit se présenter chaque jour au commissariat et ne peut plus intervenir dans les médias liés à Vincent Bolloré.

Plusieurs figures proches de l’extrême droite, comme Erik Tegnér ou Christine Kelly, ont défendu la chroniqueuse. Certains ont même questionné la priorité des autorités, comme la présentatrice qui a demandé si d’autres expulsions étaient envisagées.

Réactions en dehors de la droite

Les groupes de médias, notamment Canal+ et Lagardère, ont dénoncé une atteinte à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions. Cependant, du côté du Rassemblement national, l’absence de réaction est notable. Marine Le Pen et Jordan Bardella sont restés silencieux, tandis que seul le député européen Thierry Mariani a exprimé une opinion critique, regrettant que la voix dissonante de Fedorova soit muselée.

Le contexte diplomatique et judiciaire

Les opposants à la mesure soulignent que l’expulsion pourrait être compliquée dans le contexte diplomatique actuel. La Russie, sous sanctions européennes, pourrait ne pas vouloir coopérer pour récupérer sa ressortissante. La procédure d’expulsion peut être immédiate, même si des recours ont été déposés pour suspendre la décision.

Le recours de Xenia Fedorova, qui a été déposée, ne suspend pas l’expulsion. La journaliste pourrait donc être expulsée avant toute décision judiciaire. Son avocat a indiqué qu’elle avait déjà engagé une procédure d’urgence.

LAISSER UN COMMENTAIRE