Une dernière année sous tension pour Emmanuel Macron
Alors que la fin du mandat d’Emmanuel Macron approche, ses possibles successeurs commencent à se dévoiler. La course à l’investiture pour la présidentielle de 2027 s’annonce particulièrement disputée au sein du camp centriste.
Dans moins d’un an, les Français éliront le neuvième président de la Ve République. Emmanuel Macron, empêché de se représenter par la Constitution, laissera alors la place à une nouvelle équipe. Après dix ans de présence politique, il quitte l’Élysée avec un bilan contrasté : une réussite sur le plan international, mais plusieurs échecs sur la scène nationale.
Malgré la gestion de la crise du Covid, Macron a connu des moments difficiles, comme la crise des Gilets jaunes en 2019, l’abandon de la réforme des retraites, ou encore la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, peu après une défaite aux élections européennes. Ce bilan incite à s’interroger sur la pérennité du mouvement macroniste.
Le futur du macronisme : une question ouverte
Le mouvement, qui se voulait ni de droite ni de gauche, semble aujourd’hui s’essouffler avec l’usure du pouvoir. Le défi est de taille : peut-il survivre sans Emmanuel Macron ? De nombreux membres de la majorité présidentielle aspirent à en prendre la relève, notamment dans le camp centriste ou du centre-droit.
Une rivalité potentielle entre deux figures historiques en 2027
Deux noms émergent parmi ceux qui pourraient succéder à Macron : Gabriel Attal et Edouard Philippe, tous deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron.
Gabriel Attal, issu du mouvement macroniste, pourrait représenter la relève. Selon Virginie Martin, professeure et présidente du Think Tank Institut Spirales, « il est l’émanation d’une dynamique autour d’Emmanuel Macron, mais il ne peut pas hériter de quelque chose qui n’existe pas vraiment. »
Pressenti pour la présidentielle, Attal pourrait incarner une alternative. Toutefois, ses relations avec Macron sont tendues depuis la dissolution de l’Assemblée en juin 2024, qu’il a qualifiée d’« une des décisions politiques les plus funestes de la Ve République ». Il n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature, mais semble y aspirer.
De son côté, Edouard Philippe, maire du Havre, apparaît comme le favori de la droite modérée. Selon plusieurs sondages, il serait crédité d’environ 19 % d’intentions de vote au premier tour. Son expérience de Premier ministre et son image de « capitaine au gouvernail » lui donnent un avantage. De plus, il a clairement marqué sa dissociation avec Macron en appelant à sa démission.
Selon le politologue Philippe Moreau Chevrolet, Philippe dispose d’un parti solide, Horizons, mais doit aussi rassembler des fonds et des députés pour espérer une victoire. La stratégie pourrait passer par une alliance avec Renaissance, le mouvement de Macron, pour construire une candidature unifiée.
Un champ de candidatures centristes très concurrentiel
La compétition pour représenter le centre-droit s’annonce intense. Outre Attal et Philippe, d’autres figures comme Bruno Retailleau, président des LR, se préparent à se lancer. Retailleau a été choisi par les adhérents de son parti avec une large majorité.
Les divergences existent aussi. Attal et Philippe excluent une primaire trop large, contrairement à Laurent Wauquiez, qui souhaiterait une grande primaire regroupant plusieurs figures du centre-droit. Tous espèrent convaincre Edouard Philippe de se rallier à leur camp. Ce dernier, jouissant d’une popularité importante, pourrait jouer un rôle clé dans cette bataille.
Une droite divisée et un retour du clivage traditionnel
Selon Virginie Martin, la droite se divise en deux blocs : d’un côté, Philippe et Attal, plus modérés, de l’autre, Retailleau et Lisnard, plus conservateurs. Ces factions risquent de se faire concurrence lors de la présidentielle, chacune ayant ses propres légitimités.
Les élections municipales de 2026 ont montré un retour du clivage gauche-droite, qui pourrait se confirmer au niveau national. La politologue souligne que la reconstruction de la gauche, notamment avec LFI ou le PS, pourrait aussi influencer la configuration politique de 2027.
Quel avenir pour le macronisme sans Emmanuel Macron ?
Le départ d’Emmanuel Macron ne signifie pas forcément la fin du mouvement centriste. Selon Philippe Moreau Chevrolet, le macronisme pourrait évoluer vers une droite républicaine élargie au centre, mais il ne s’agira plus du même mouvement. Virginie Martin pense que « le centre existe mais pas le macronisme ».
Le futur candidat devra probablement se positionner différemment pour se démarquer de Macron. La sociologie électorale indique que le pays penche de plus en plus à droite, ce qui pourrait favoriser une candidature centriste réinventée, inspirée par des modèles comme Peter Magyar en Hongrie, axée sur la souveraineté et la protection des citoyens.
Le contexte politique en mutation
Selon Luc Gras, le macronisme n’a été qu’une « parenthèse de dix ans », souvent considéré comme une opportunité politique liée à l’effondrement des partis traditionnels. Virginie Martin partage cette analyse, soulignant que le mouvement n’était pas une idéologie forte mais une stratégie opportuniste.
Plusieurs analystes estiment que le paysage politique en 2027 sera marqué par un retour du clivage gauche-droite, avec la recomposition de la gauche et une droite fragmentée. La présidentielle s’annonce donc comme un enjeu où les alliances et les stratégies seront cruciales, alors que le mouvement macroniste cherche encore sa nouvelle identité.














