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Une baisse du niveau scolaire en France : une problématique préoccupante

Les résultats de l’enquête Pisa de l’OCDE, publiés le 8 septembre, montrent que la France connaît cette année ses pires performances en matière scolaire. La chute du niveau des élèves soulève de nombreuses questions sur ses causes. Dès leur plus jeune âge, certains élèves rencontrent déjà des difficultés : manque de concentration, perte de curiosité, mémoire fragilisée. Ces signaux précèdent une dégradation globale des résultats nationaux, difficile à inverser.

Depuis plusieurs années, les enseignants constatent un déclin dans les apprentissages en classe. La période des années 2020 semble marquée par une rupture importante dans les performances des élèves, que ce soit en France ou dans le reste du monde.

Trois facteurs clés : le temps d’écran, la lecture et le sommeil

Jean Morize, instituteur en REP à l’école Anatole France de Gennevilliers, explique que l’usage accru des écrans modifie profondément le comportement des enfants. Selon lui, cette exposition change des éléments qui paraissaient anodins mais qui ont une influence majeure sur le développement des jeunes.

Il souligne que la génération actuelle délègue de plus en plus de tâches aux outils numériques, ce qui a un impact sur leur mémoire et leur capacité de réflexion. Par exemple, un élève de 2026 ne retient souvent pas le numéro de téléphone de ses parents, car il le sauvegarde simplement dans un contact. La navigation GPS remplace la nécessité de mémoriser une adresse. Pour cet instituteur, la réduction des activités demandant de la concentration est une conséquence directe de cette dépendance au numérique.

Les élèves très connectés sont souvent plus fatigués, moins curieux, et adoptent une attitude passive. Selon lui, trois critères permettent de distinguer les élèves qui réussissent le mieux : le temps d’écran, le temps consacré à la lecture active et la qualité de leur sommeil.

Le fonctionnement du cerveau face aux récompenses rapides

Juliette Hazart, médecin addictologue, indique que le passage fréquent entre la classe et les écrans provoque du multitâche, entraînant fatigue et baisse d’efficacité. Elle précise que les écrans, en eux-mêmes, peuvent être dangereux et qu’ils conditionnent négativement le quotidien des enfants, en créant une addiction.

Les notifications et les sollicitations constantes des réseaux sociaux déclenchent des plaisirs immédiats, ce qui active la production de dopamine dans le cerveau. Ce mécanisme pousse les jeunes à rechercher en permanence ces récompenses rapides, au détriment d’activités plus longues mais plus enrichissantes, comme faire ses devoirs ou obtenir une bonne note.

Elle insiste également sur le fait qu’un usage intensif des appareils mobiles, surtout en soirée, perturbe le sommeil des enfants, aggravant leur fatigue et leur déficit d’attention. Selon l’OCDE, 43 % des jeunes s’inquiètent sans leur téléphone portable, illustrant cette dépendance.

Le rôle essentiel des parents dans l’éducation numérique

Pour les enseignants, l’intervention des parents est cruciale. Certains ne se rendent pas compte de l’impact de l’utilisation des écrans sur leurs enfants. Un instituteur témoigne avoir constaté des progrès rapides lorsque les parents prennent conscience de l’importance de limiter le temps d’exposition.

Il souligne que l’éducation des enfants ne peut pas se limiter à l’école. Il faut également éduquer les parents, car l’usage des écrans dépend aussi de leur encadrement. Juliette Hazart ajoute que la qualité du contenu consommé est tout aussi importante que le temps consacré aux écrans. Utiliser un ordinateur pour des activités éducatives structurées est très différent d’utiliser un smartphone pour jouer ou naviguer sur les réseaux sociaux.

Les écrans, un facteur parmi d’autres dans la baisse des résultats

Une étude de l’OCDE indique que l’utilisation modérée des appareils numériques à l’école, jusqu’à une heure par jour, peut même améliorer les résultats en mathématiques. Cependant, la baisse du niveau ne peut être attribuée uniquement à l’usage des écrans. Selon Jean Morize, cette baisse résulte d’un ensemble de facteurs : contexte socio-économique, climat scolaire, santé mentale, absentéisme, effets de la pandémie, et pratiques pédagogiques.

Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation nationale, évoque une cause plus profonde. Il considère que la chute du niveau s’inscrit dans une alliance entre l’héritage de mai 1968, le ludique, l’émergence de l’éducation positive, et le capitalisme mondialisé. Selon lui, cette convergence pousse les jeunes vers la consommation et le divertissement, en lien avec des idéaux qui ont émergé dans les années 1968.

Il explique que cette alliance paradoxale, où le capitalisme favorise la consommation tout en étant en contradiction avec certains principes éducatifs, a contribué à modifier durablement le rapport à l’apprentissage et au travail.

Une perception évolutive du niveau des élèves

Enfin, certains experts rappellent que la comparaison entre les générations peut être trompeuse. La société moderne offre un accès à l’éducation à tous, y compris à ceux qui ne seraient pas forcément faits pour l’école. Cela peut donner l’impression d’un déclin, alors qu’en réalité, le niveau global pourrait être en progression si l’on considère la population dans son ensemble.

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