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Gérald Darmanin affirme que les pédocriminels sont « incurables »

Invité de BFMTV le 8 juin, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a déclaré que, selon lui, les pédocriminels sont « incurables ». Il a expliqué qu’il privilégie « priver de liberté le plus possible » ces individus plutôt que de tenter leur réinsertion. Son avis intervient dans un contexte sensible, après la mise en examen de Jérôme Barella, principal suspect dans l’affaire Lyhanna, une collégienne de 11 ans retrouvée morte dans le Gers.

Gérald Darmanin a affirmé : « Je pense que les pédocriminels sont incurables, personnellement », ajoutant qu’il était opposé à la réinsertion de ces individus, estimant que cela allait à l’encontre de la réalité des faits.

Une affaire qui soulève des questions sur la justice et la prévention

Jérôme Barella, père de famille de 41 ans, est au centre de plusieurs plaintes et signalements. Quatre nouvelles procédures ont été ouvertes contre lui depuis sa mise en examen pour le meurtre de Lyhanna, portant à neuf le nombre d’affaires à son encontre. Parmi ces dossiers, une plainte de la mère de Rosa, 12 ans, qui l’accuse de viol, ainsi qu’une autre plainte pour viol déjà classée sans suite et qui doit être réexaminée.

Ce contexte met en lumière de lourdes défaillances dans le système judiciaire, transformant cette affaire en un véritable scandale d’État. Ces dossiers révèlent également la dangerosité d’un profil de récidiviste, que certains responsables politiques pensent « incurable ».

Les experts contestent l’idée d’incurabilité

Walter Albardier, psychiatre responsable du Centre ressources pour intervenants auprès d’auteurs de violences sexuelles (CRIAVS) Île-de-France, estime que l’affirmation de Darmanin est erronée. Il précise que lorsqu’on parle d’incurabilité, on se trompe. « Il pense mal et se trompe », lâche-t-il. Selon lui, le ministre utilise une émotion sociale pour faire passer ses idées.

Florence Thibaut, psychiatre spécialisée dans les paraphilies, ajoute que la littérature scientifique montre que ces profils sont plus complexes. Elle dénonce la logique selon laquelle on pourrait suspendre la prise en charge thérapeutique si l’on considère tous ces individus comme « incurables ».

Les taux de récidive et la prévention

Walter Albardier souligne que dans 85 % des cas, un pédocriminel arrêté ne récidive pas, grâce à un accompagnement thérapeutique. Il explique que la majorité des « pédophiles » ne passent pas à l’acte, en raison de freins moraux ou autres facteurs. Il précise aussi que la pédocriminalité englobe différentes réalités : des agressions, des violences, ou encore la consommation de contenus pédopornographiques.

« Plus de 75 % des pédocriminels ne sont pas attirés par les enfants, il n’y a pas d’érotisation des corps infantiles », indique le médecin. Il précise que la pédocriminalité concerne aussi des personnes qui agressent leurs propres enfants ou regardent du contenu pédopornographique.

Selon Florence Thibaut, le profil des pédocriminels est très variable. Elle évoque notamment des personnes ayant des antécédents d’abus ou une peur d’avoir des relations avec un adulte. Elle rappelle aussi qu’un grand nombre de ceux qui fantasment sur les enfants ne passent pas à l’acte, grâce à leurs freins moraux.

Les bénéfices de la prise en charge thérapeutique

Certains pédocriminels, conscients de leur déviance, cherchent une aide. Walter Albardier affirme que la prise en charge thérapeutique est efficace. Elle peut aller de la psychothérapie à des traitements médicamenteux, comme la castration chimique ou des anti-dépresseurs.

« On ne peut pas parler de guérison, mais on peut réduire fortement le comportement pédophile », explique Florence Thibaut. Elle insiste sur le fait que ces traitements permettent d’atténuer le risque de récidive.

Les personnes présentant les formes les plus sévères de déviance, qui éprouvent un besoin irrépressible, peuvent nécessiter une prise en charge médicamenteuse spécifique, comme la castration chimique.

En janvier, la psychiatre Muriel Salmona dénonçait une faillite totale des institutions françaises face à la protection et à la prise en charge des victimes et des auteurs de violences sexuelles. Elle soulignait aussi que l’absence de soins spécialisés augmente le risque de récidive ou de décès prématuré chez les jeunes victimes.

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