Une réforme controversée pour accélérer la justice
Le 14 avril 2026, le Sénat a adopté une réforme de la justice criminelle proposée par Gérald Darmanin. Soutenue principalement par la droite et le centre, cette loi introduit une nouvelle procédure inspirée du « plaider-coupable » pour certains crimes. Son objectif est d’accélérer le traitement des affaires judiciaires.
Cette nouvelle procédure, appelée « procédure de jugement des crimes reconnus » (PJCR), prévoit des audiences plus rapides et la possibilité de réduire les peines. Cependant, elle est fortement contestée par la gauche et par les avocats. Ils craignent que cette réforme ne porte atteinte aux droits de la défense et des victimes.
Après une manifestation à Paris le 13 avril, la mobilisation des barreaux se poursuit avec d’autres actions prévues, notamment à Niort le 21 avril. La principale critique concerne l’extension de la reconnaissance préalable de culpabilité à des affaires criminelles, perçue comme une remise en cause des principes fondamentaux de la justice. Le bâtonnier de Paris, Louis Degos, dénonce un risque pour « la distinction entre le juste et l’injuste ».
Une réforme pour désengorger des tribunaux saturés
Le constat est clair : la justice est surchargée. Plus de 6 000 dossiers criminels attendent d’être traités, avec des délais moyens de six ans pour un viol et huit ans pour le narcotrafic. Le gouvernement veut réduire ces délais en simplifiant la procédure.
Concrètement, le « plaider-coupable criminel » permettrait de juger un meurtre ou un viol en une demi-journée, sans procès, si l’accusé reconnaît les faits et que la victime est d’accord. Cependant, certains estiment que l’efficacité réelle de cette mesure est limitée. Le bâtonnier Louis Degos souligne que cette procédure ne concernerait qu’une infime partie des dossiers, environ 200 sur 6 000.
Les avocats pointent aussi la cause profonde du problème : la France compte environ 9 500 magistrats, alors que les standards européens recommanderaient d’en avoir 20 000. Ce manque de personnel limite la capacité du système judiciaire à traiter rapidement les affaires.
Les risques d’un procès négocié
La principale inquiétude porte sur le passage d’un procès public à une simple négociation avec le parquet. L’accusé pourrait voir sa peine réduite d’un tiers s’il avoue ses crimes. Louis Degos s’interroge sur la liberté de consentement dans ce contexte : « Les accusés seront tentés de dire oui. Est-ce que leur consentement est vraiment libre et éclairé ? » Il redoute même que cette procédure ne devienne une forme de pression pour obtenir un accord.
Il met en garde contre la transformation du procès en un simple contrat, ce qui pourrait nuire à la dimension pédagogique et démocratique de l’audience. Pour lui, la publicité des débats est essentielle pour garantir la transparence et la justice. Depuis plusieurs semaines, avocats et magistrats manifestent partout en France contre ce projet, avec près de 130 barreaux sur 164 votant la grève.
Des amendements pour calmer la polémique
En réponse à la contestation, le Sénat a apporté plusieurs modifications. La procédure ne s’appliquerait désormais qu’aux affaires impliquant un seul auteur et une seule victime. Le délai de réflexion pour l’accusé a été porté à 20 jours. Par ailleurs, l’audience d’homologation a été renommée « audience solennelle des crimes reconnus » pour renforcer son caractère judiciaire.
Cependant, des réserves subsistent, notamment concernant la place de la victime. Un amendement prévoit que le procureur doit recueillir le consentement de la victime avant de proposer une peine à l’accusé. Louis Degos critique cette approche : « Depuis quand la victime remplace-t-elle la société ? C’est le peuple qui est souverain. » Il rappelle que la victime ne doit pas devenir juge ou partie, et que cette procédure pourrait la priver de son droit de se rétracter.
Une menace pour l’État de droit ?
Au-delà des aspects juridiques, c’est une inquiétude plus large qui se manifeste. Certains responsables politiques critiquent l’autorité judiciaire, la qualifiant parfois de « dictature » ou de « complot ». Le bâtonnier Louis Degos met en garde contre la disparition des corps intermédiaires, tels que les juges et avocats, qui garantissent le respect de l’État de droit.
Il rappelle que ces institutions indépendantes jouent un rôle essentiel pour préserver la démocratie. La disparition de ces corps pourrait entraîner une remise en cause de l’équilibre démocratique. Alors que le texte doit encore être discuté à l’Assemblée nationale, les avocats continuent leur mobilisation à travers plusieurs villes françaises.














