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Les avocats parisiens en grève pour s’opposer à la réforme de la justice

Ce mardi 7 avril, une centaine d’avocats du barreau de Paris ont manifesté devant le tribunal judiciaire pour protester contre le projet de réforme de la justice criminelle proposé par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. La mobilisation s’est aussi poursuivie à l’intérieur du tribunal, avec des opérations de « défense massive », impliquant jusqu’à quatre avocats pour un seul prévenu.

Sur le parvis, des fumigènes ont été allumés et des slogans criés. Les manifestants dénoncent une justice qu’ils considèrent sous contrôle, avec des messages tels que « Darmanin, injustice » ou « Justice en Sure-sis ». Lors d’un discours au mégaphone, Me Jane Peissel a exprimé leur opposition, tandis que sa collègue Lucie Le Carpentier a affirmé que leur combat continuerait jusqu’au bout.

Un collectif uni contre la réforme

Ces deux jeunes avocates sont membres de « Colère noire », un collectif créé en 2026, qui milite pour le retrait pur et simple du projet de loi dit « SURE ». Depuis plus d’un mois, des avocats de toute la France, de Nice à Montbéliard, se mobilisent contre cette réforme, en lien avec des organisations de gauche telles que le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France ou la Ligue des droits de l’homme.

Le 31 mars dernier, le barreau de Paris a décidé d’entrer en grève, décision qui a été renouvelée ce mardi matin. La mobilisation continue donc, avec pour objectif de faire entendre leur opposition à cette réforme judiciaire.

Les critiques contre le « plaider-coupable criminel »

Sur le parvis du tribunal, les manifestants brandissent des banderoles avec des slogans dénonçant la réforme, notamment le dispositif du « plaider-coupable criminel ». Cette mesure, phare du projet de loi, vise à désengorger les cours d’assises et accélérer les jugements.

Ce dispositif permettrait à un accusé de reconnaître ses crimes, sous accord du procureur et de la victime, pour être jugé rapidement, parfois en une seule journée, sans procès public. En cas d’acceptation, la peine encourue serait allégée, par exemple 20 ans pour homicide au lieu de 30.

Les opposants craignent que cette procédure n’instaure une forme de transaction, avec une pression accrue sur les accusés et une justice moins rigoureuse. Selon eux, cela pourrait également nuire à la qualité des enquêtes, certains actes pouvant être négociés dès le début de la procédure, au risque de ne pas réaliser tous les expertises nécessaires.

Une mobilisation dans les tribunaux

Après avoir déployé leurs pancartes, les avocats se sont répartis dans différentes salles d’audience pour soutenir leurs collègues. Sur le deuxième étage, dans la chambre correctionnelle, un avocat a annoncé une « défense massive » consistant à multiplier le nombre d’avocats par dossier, afin de ralentir les procédures rapides des comparutions immédiates.

Ce jour-là, un premier dossier concerne Erwan A., qui a passé 48 heures en garde à vue. Il comparaît pour tentative d’enlèvement et de vol, après avoir été arrêté dans le 6e arrondissement. La défense soulève des nullités de procédure, notamment l’irrégularité de sa garde à vue et des violences policières évoquées par le prévenu.

Une journée de « justice morte » prévue le 13 avril

Les opérations de défense massive se poursuivront tout au long de la semaine. Le barreau de Paris a d’ores et déjà appelé à une journée « justice morte » pour le 13 avril, date à laquelle le projet de loi sera examiné au Sénat. La mobilisation vise à faire entendre leur opposition et à dénoncer ce qu’ils considèrent comme une atteinte à la justice publique et équitable.

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