Après un succès inattendu lors des dernières élections municipales, le camp écologiste semble moins assuré pour le prochain scrutin en mars. Confrontés à des divisions internes, à des polémiques répétées et à un contexte national difficile, plusieurs maires écologistes risquent de ne pas être réélus.
En 2020, les écologistes avaient connu une vague de victoires dans plusieurs grandes villes françaises, notamment à Lyon, Strasbourg, Bordeaux et Poitiers. Ces succès avaient été en partie favorisés par la performance de Yannick Jadot aux européennes de 2019 et par une évolution sociologique favorable dans ces villes, avec une concentration croissante de jeunes et de diplômés, souvent sensibles aux idées écologistes.
Des maires peut-être en difficulté
Mais aujourd’hui, cette dynamique semble s’essouffler. Dans la métropole lyonnaise, le maire sortant, Grégory Doucet, est en mauvaise posture face à l’ancien président de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas. Selon un sondage, Aulas recueillerait 43 % des intentions de vote au premier tour, contre 29 % pour Doucet.
À Strasbourg, la maire Jeanne Barseghian est aussi donnée perdante face à l’ancienne maire socialiste Catherine Trautmann. À Poitiers, le résultat reste incertain. Cependant, la situation pourrait être plus favorable pour les écologistes à Bordeaux, où Pierre Hurnic pourrait conserver son fauteuil, et à Grenoble, où Éric Piolle, qui ne se présente pas, soutient Laurence Ruffin, en bonne position.
Les bilans écologistes sont parfois mitigés. Certains évoquent un retour en arrière sur les questions écologiques ou des divisions accrues à gauche. La forte victoire de 2020 s’était aussi appuyée sur un contexte électoral particulier, avec plusieurs figures locales qui avaient choisi de ne pas se représenter cette année-là. La sociologie des électeurs a également fortement évolué, avec une hausse du vote de jeunes et de diplômés favorables aux écologistes, selon une étude de la Fondation Jean-Jaurès.
Les polémiques et les controverses
Les candidats écologistes ont aussi été rattrapés par des polémiques. Ceux qui avaient mis en avant leur engagement pour l’écologie, notamment à travers des alliances avec La France insoumise, ont vu leur crédibilité mise à mal. De plus, certains projets, comme l’extension du tramway ou la fin des subventions aux aéroclubs, ont suscité des oppositions et des critiques.
Par exemple, à Lyon, le maire Doucet a critiqué le Tour de France, le qualifiant de « machiste et polluant », et regrette le coût de l’événement pour la ville. À Poitiers, la suppression des subventions aux aéroclubs ou la fin des sapins de Noël devant les mairies ont aussi créé des débats. Ces controverses, parfois jugées insignifiantes, ont pu détourner l’attention des électeurs.
Des bilans à défendre, mais difficiles à mettre en valeur
Les maires écologistes doivent aussi défendre leurs actions. À Lyon, Grégory Doucet revendique une baisse de 11 % des particules fines, tout en étant critiqué sur la sécurité. À Strasbourg, Jeanne Barseghian a mis en avant le développement du réseau cyclable, notamment avec la création du premier réseau de pistes cyclables de France. Elle a également réussi à réduire la facture énergétique du marché de Noël. Cependant, son projet d’extension du tramway a reçu un avis défavorable, ce qui complique sa campagne.
La sécurité comme enjeu clé
Le maire de Bordeaux, Pierre Hurnic, pourrait être une exception. Selon les sondages, il est le seul maire écologiste en position de remporter la mairie dès le premier tour. Son image d’ancien militant pour la sécurité, avec notamment une augmentation du nombre de caméras, lui donne un avantage. Il a également été le seul à renforcer ses mesures sécuritaires, notamment en doublant le nombre de caméras de vidéosurveillance.
Ce positionnement sur la sécurité pourrait expliquer sa meilleure performance par rapport à ses collègues. La patronne du parti écologiste, Marine Tondelier, affirme que le camp vert n’a pas à recevoir de leçons sur ce sujet, rappelant que des politiques passées, comme celles de Nicolas Sarkozy, ont largement réduit les effectifs policiers.
Une chute probable dans plusieurs villes
Malheureusement pour les écologistes, leur recul semble se confirmer dans plusieurs villes. À Lille, l’écologiste Stéphane Bally est très proche de battre la maire sortante Martine Aubry, mais la victoire pourrait leur échapper. Dans d’autres villes comme Toulouse, la situation n’est pas meilleure. En 2020, le maire sortant, Jean-Luc Moudenc, a été réélu face à un candidat EELV, avec un écart restreint.
Un sénateur écologiste regrette que le camp vert n’ait pas réussi à dépasser sa base électorale ces dernières années, notamment lors des élections européennes où leur score reste faible, autour de 5,5 %.
Selon un élu écologiste, le contexte politique récent, notamment la dissolution et l’accord avec le Nouveau Front Populaire, a éclipsé le sujet municipal. La défaite pourrait donc être importante, autant dans les villes où ils sont déjà en place que dans celles où ils avaient des ambitions.














