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Une alerte de l’Anses sur les risques liés aux réseaux sociaux chez les adolescents

En France, près de 90 % des jeunes âgés de 12 à 17 ans utilisent quotidiennement un smartphone pour accéder à internet, dont 58 % pour se connecter aux réseaux sociaux. L’impact de ces plateformes sur leur santé mentale, souvent mis en cause ces dernières années, fait l’objet d’un débat public croissant. Dans ce contexte, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publie un rapport inédit le 13 janvier pour éclairer tous les acteurs, notamment les pouvoirs publics, afin de prendre des mesures adaptées.

Ce travail d’expertise, « inédit » selon l’Anses, repose sur l’analyse de plus de mille études scientifiques réalisées au cours des cinq dernières années. Des chercheurs en épidémiologie, pédopsychiatrie, sciences de l’information et de la communication ont examiné les effets des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes.

Les réseaux sociaux, un mode de fonctionnement néfaste

Les conclusions sont claires : le fonctionnement même des réseaux sociaux est considéré comme nuisible pour la santé des adolescents. Ces plateformes utilisent des « stratégies de captation de l’attention » visant à maintenir l’engagement le plus longtemps possible. Elles s’appuient sur des « interfaces manipulatrices » — ce que l’on désigne en anglais par « dark patterns » — comme les notifications, le scroll infini, la lecture automatique de vidéos ou encore les likes. De plus, les algorithmes tendent à enfermer les utilisateurs dans des contenus de plus en plus ciblés, parfois extrêmes.

Une vulnérabilité accrue chez les jeunes

Les experts alertent sur le fait que ces stratégies exploitent la vulnérabilité des adolescents, leur besoin d’interactions sociales et leur recherche de sensations. L’adolescence étant une période de transition, les réseaux sociaux nourrissent leur envie d’échange, d’information, mais aussi leur propension à prendre des risques. Cependant, ils disposent de capacités de régulation émotionnelle et comportementale encore insuffisantes, ce qui les rend plus exposés aux effets délétères de ces plateformes.

Le rapport souligne également que les effets sanitaires majeurs incluent des troubles du sommeil, des troubles anxio-dépressifs souvent liés, des comportements auto-infligés (auto-mutilation, idées suicidaires), des perturbations de l’image corporelle, ainsi que des troubles du comportement alimentaire, des conduites à risque (prise de drogues, sexting, diffusion d’images non consenties) et le cyberharcèlement.

Les filles particulièrement à risque

Une des principales conclusions concerne la vulnérabilité accrue des filles face à ces risques. Elles consacrent plus de temps aux réseaux sociaux (en moyenne 1h32 par jour contre 52 minutes pour les garçons) et y investissent davantage d’émotion. Elles utilisent aussi des réseaux sociaux très virtuels, avec des partages fréquents de vidéos, d’images ou de mises en scène de soi, tout en étant plus exposées au cyberharcèlement.

Les adolescentes présentant déjà des symptômes dépressifs ou anxieux sont aussi plus vulnérables aux effets néfastes des réseaux sociaux. L’Anses précise que, même si cela ne peut pas être considéré comme la seule cause, leur utilisation constitue un facteur contribuant aux troubles anxio-dépressifs.

Le rôle de l’encadrement parental

Face à ces enjeux, l’Anses insiste sur l’importance d’un encadrement parental, en coopération avec les adolescents. Des parents soutenants et ouverts, qui cherchent à comprendre leurs motivations, favorisent un accompagnement efficace. Le rapport recommande notamment d’échanger autour du contenu consulté et d’instaurer des règles, comme l’arrêt de l’utilisation des réseaux sociaux le soir avant de dormir.

Vers une responsabilisation des plateformes et une éducation renforcée

Le rapport insiste surtout sur la nécessité de responsabiliser les plateformes. La première recommandation de l’Anses est que l’accès des mineurs aux réseaux sociaux soit limité à ceux conçus et paramétrés pour protéger leur santé. Cela ne revient pas à interdire totalement l’accès, mais à encourager des mesures adaptées, notamment en conformité avec le règlement européen sur les services numériques (DSA), qui indique que l’usage des réseaux sociaux doit assurer la sécurité des mineurs.

Les propositions de l’Anses incluent la mise en place d’un contrôle d’âge strict, la suppression des interfaces manipulatrices, et l’interdiction de contenus nuisibles tels que ceux promoteurs de conduites à risques ou de contenus violents. Toutefois, leur application reste complexe face à la puissance des géants comme TikTok, Instagram ou Snapchat.

En complément, l’agence recommande une véritable éducation aux médias numériques pour les jeunes, une formation des parents et des acteurs de l’éducation, ainsi que des campagnes de sensibilisation. Elle insiste aussi sur la nécessité d’étudier les risques liés à l’émergence de l’intelligence artificielle dans ces plateformes, en préconisant une évaluation spécifique de ses effets sur la santé.

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