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Un vote unanime à l’Assemblée nationale pour renforcer la protection des lanceurs d’alerte contre le narcotrafic

Ce jeudi 12 février, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité un texte visant à étendre la protection des personnes qui dénoncent le narcotrafic. Ce vote intervient lors d’une séance organisée dans le cadre de la « niche » parlementaire des écologistes, malgré l’opposition du gouvernement.

Un premier des neuf projets de loi des écologistes

Ce texte est le premier parmi neuf proposés par les écologistes lors de cette journée consacrée à leurs initiatives législatives. Deux autres projets ont été examinés, mais aucun n’a été soumis au vote. La droite et l’extrême droite ont en effet mené une stratégie d’obstruction pour empêcher leur adoption.

Les détails du projet porté par Sandra Regol

Le projet de loi, présenté par la députée du Bas-Rhin Sandra Regol, prévoit d’inscrire dans la loi un « mécanisme de protection des personnes qui dénoncent l’emprise des réseaux criminels ». Il s’agit de renforcer la protection des victimes, témoins et repentis, actuellement limitée au cadre judiciaire. L’objectif est d’étendre cette protection à celles et ceux qui agissent en dehors de ce cadre.

Ce texte a été adopté en première lecture grâce à l’appui de la gauche. La majorité a préféré s’abstenir, exprimant des doutes quant à l’efficacité du dispositif, notamment en l’absence du soutien du gouvernement.

Réactions et enjeux lors du débat

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a défendu l’action de l’État, rappelant que celui-ci garantit déjà la protection des personnes menacées, que ce soit dans un cadre judiciaire ou administratif. Il a également exprimé ses réserves sur la portée du texte, estimant qu’il pourrait fragiliser les dispositifs existants.

Lors de la séance, la mère du militant Amine Kessaci, présente dans la tribune, est venue soutenir le projet. Tous deux vivent sous protection policière après la mort de Mehdi, le frère cadet d’Amine, victime d’un probable « crime d’intimidation » en représailles à son engagement contre le narcotrafic.

Amine Kessaci, candidat écologiste à Marseille, a récemment dû être exfiltré lors d’un meeting, en raison de menaces. Sa mère a déploré le manque de protection dont ils ont bénéficié lors des précédentes menaces. Elle a également expliqué que Mehdi est mort en novembre, cinq ans après l’assassinat de son frère Brahim dans un contexte de narcocriminalité.

Critiques et accusations

Plusieurs députés ont accusé le groupe écologiste de vouloir « se donner bonne conscience » avec ce texte. Michaël Taverne (RN) a notamment reproché aux écologistes de voter systématiquement contre tout ce qui pourrait renforcer la lutte contre le narcotrafic.

Retrait d’un autre projet et blocage parlementaire

Les écologistes ont également présenté un second texte visant à protéger l’eau potable en interdisant, d’ici 2030, l’usage de certains pesticides ou engrais autour des captages. Après plus de quatre heures de débats et face à une stratégie d’obstruction menée par la droite et l’extrême droite, ils ont décidé de retirer leur proposition, dénonçant une « obstruction en règle ».

Par la suite, les députés ont voulu examiner un troisième projet visant à limiter la concentration des médias. Cependant, face à de nombreux amendements, interruptions et rappels au règlement, la séance a été arrêtée à minuit, heure à laquelle une niche parlementaire doit se clôturer, évitant ainsi le vote sur ce dernier texte.

Une tactique de blocage orchestrée

Selon un député LR, cette stratégie aurait été planifiée par Laurent Wauquiez, président du groupe LR, en représailles à une tactique similaire de la gauche. La majorité y voit plutôt une volonté de la droite et de l’extrême droite, ainsi que de la ministre Rachida Dati, de freiner la progression de textes jugés trop favorables à la régulation ou à la lutte contre certains intérêts financiers, notamment dans le secteur médiatique.

Un député écologiste a accusé Rachida Dati et ses alliés de s’allier avec l’extrême droite pour défendre les intérêts des milliardaires, en particulier ceux qui souhaitent s’acheter des médias et bâtir des empires au service de leurs intérêts économiques.

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