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Un parasite détecté pour la première fois en France

Un petit ver translucide de moins d’un millimètre a été identifié cet automne en France, à Seignosse, près de l’océan Atlantique. Ce nématode, nommé Bursaphelenchus xylophilus, est classé comme « organisme de quarantaine prioritaire » par la législation européenne. Selon les autorités, il représente une « menace sanitaire majeure » pour les forêts de résineux.

Une menace pour les forêts landaises

Pour contenir cette invasion, des mesures strictes ont été prises. Mi-novembre, un arrêté a délimité une « zone infestée » de 500 mètres autour des conifères contaminés. Au-delà, une zone tampon de 20 kilomètres a été instaurée, couvrant 36 000 hectares de forêts, parcs et jardins, publics et privés.

La nécessité d’abattre rapidement

Les sylviculteurs doivent procéder à l’abattage des conifères dans cette zone d’ici le 15 février. Sur 40 hectares boisés, principalement composés de pins maritimes, cela représente entre 10 000 et 12 000 mètres cubes de bois. Julien Queyron, en charge d’une abatteuse, indique avoir coupé 381 arbres en une journée, ce qui équivaut à 332 mètres cubes.

Le bois sera valorisé en bois d’œuvre ou utilisé pour la fabrication de panneaux, papier ou carton. Avant toute utilisation, il doit être chauffé à 56 degrés pendant 30 minutes ou brûlé pour éliminer tout risque.

Le rôle du vecteur : le Monochamus

Selon Stéphane Viéban, directeur général de la coopérative Alliance Forêts Bois, il est crucial d’agir rapidement pour éviter que le parasite se propage. Le nématode ne se déplace pas seul : il dépend du coléoptère Monochamus galloprovincialis, naturellement présent dans la région.

En hiver, le parasite migre vers ce longicorne, encore en nymphe, logé dans le bois. Au printemps, lorsque l’adulte s’envole pour se nourrir de jeunes rameaux, il transporte avec lui les petits vers, qui colonisent les arbres en bloquant la circulation de la sève, provoquant leur dépérissement.

Origines et propagation

Originaire d’Amérique du Nord, le nématode a été identifié pour la première fois au Japon au début du XXe siècle, avant de se répandre en Asie. Il est arrivé en Europe en 1999, au Portugal, où quatre millions d’arbres ont dû être abattus. Par la suite, il a touché l’Espagne, et les sylviculteurs du Sud-Ouest craignaient qu’il ne franchisse les Pyrénées.

C’est désormais le cas dans les Landes, où le « patient zéro » aurait été trouvé, selon Stéphane Viéban. Aucun nouveau cas n’a été signalé dans un rayon de trois kilomètres, ce qui est considéré comme un signe rassurant.

Les premiers résultats de détections sont encourageants : à l’extérieur de la zone initiale, 880 prélèvements ont été négatifs, après l’abattage et le broyage de 17 arbres contaminés en décembre.

Les enjeux économiques et environnementaux

La propagation du nématode pourrait entraîner une dépréciation de 30 % du prix du bois, ainsi que des coûts importants pour le traitement thermique des arbres abattus. Si le parasite se répandait à l’ensemble de la France, cela serait une véritable catastrophe pour la filière sylvicole.

Dans le massif des Landes, qui couvre plus d’un million d’hectares en Gironde, Landes et Lot-et-Garonne, l’économie locale dépend heavily des pins. Pour le maire de Seignosse, Pierre Pecastaings, l’abattage des arbres est aussi un « préjudice moral, environnemental et patrimonial » pour les habitants, qui voient ces arbres emblématiques disparaître.

Les propriétaires concernés doivent financer l’abattage et le transport du bois, avant d’être remboursés par l’État. Deux d’entre eux ont saisi la justice pour contester la procédure en cours.

Le préfet de région, Étienne Guyot, insiste sur l’urgence de la situation : « Nous avons engagé une course contre-la-montre et nous ne devons pas baisser la garde. » D’ici la fin mars, plus de 100 000 arbres morts devront également être retirés de la zone tampon, ce qui représente un travail colossal.

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