Plusieurs pays ont décidé de limiter leurs exportations d’essence et de diesel face aux tensions géopolitiques mondiales. La crise actuelle est alimentée par le blocage du détroit d’Ormuz, une voie stratégique pour le transport de pétrole.
Les principales mesures prises par la Chine et la Thaïlande
La Chine a été la première à agir. Pékin a ordonné à ses principales raffineries, publiques comme privées, de ne plus signer de nouveaux contrats d’exportation d’essence et de diesel. Les raffineries existantes doivent également renégocier leurs accords déjà en place. Ces directives viennent de la Commission nationale pour le développement et la réforme, l’organisme chargé de la politique économique chinoise. Des entreprises comme Sinopec, PetroChina, CNOOC ou Zhejiang Petrochemical sont concernées. Cela revient à une suspension quasi totale des ventes à l’étranger.
Cette décision est principalement due à la menace que représente la fermeture du détroit d’Ormuz, suite à la mise en œuvre par l’Iran de mesures bloquant ce passage. Le détroit est un passage crucial, laissant passer environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, majoritairement destiné à l’Asie. La Chine, dépendante du brut transitant par cette route, cherche à sécuriser ses approvisionnements pour son marché intérieur, quitte à limiter ses exportations.
Une crise qui s’étend en Asie
La Thaïlande a également pris des mesures radicales. Elle a interdit l’exportation et la réexportation de carburants raffinés, sauf vers le Laos et le Myanmar pour des raisons stratégiques. La Thaïlande dispose de réserves suffisantes pour environ 90 jours, mais la population commence à se précipiter vers les stations-service, craignant des pénuries. Sur certaines îles touristiques comme Koh Samui ou Koh Tao, où l’approvisionnement se fait par ferry quotidien, des ruptures de stock ont déjà été observées. La peur de manquer de carburant pousse à des achats massifs.
Les autres pays asiatiques sont aussi touchés. Au Japon, une grande raffinerie a suspendu temporairement ses exportations. En Inde, troisième importateur mondial de brut, les stocks ne couvrent que 30 jours de consommation, ce qui rend le pays vulnérable si la situation perdure. Sur les réseaux sociaux, des images de longues files de motos devant des stations rurales témoignent de l’inquiétude grandissante face à un risque de pénurie.
Le précédent russe et ses répercussions
Ce contexte rappelle la crise de 2023, lorsque la Russie a temporairement arrêté ses exportations d’essence et de diesel pour stabiliser son marché intérieur. En 2022, la Russie avait produit 265 millions de tonnes de produits pétroliers, dont une part importante était exportée. La suspension de ses livraisons avait entraîné une hausse immédiate des prix mondiaux. Aujourd’hui, c’est l’Asie qui se trouve en première ligne face à ces restrictions.
Le blocage du détroit d’Ormuz, par où transite une part essentielle du pétrole mondial, aggrave la situation. La récente hausse du prix du baril de Brent, d’environ 15 %, suite aux frappes contre des cibles iraniennes, témoigne de cette tension. De nombreux pétroliers sont à l’arrêt dans le golfe Persique, en attendant une possible réouverture. Si ce blocus devait durer, certains pays producteurs pourraient être contraints de réduire ou suspendre leur production, accentuant encore la crise.
Une crise à l’échelle mondiale
Pour l’instant, aucune mesure d’interruption des exportations n’a été annoncée en Europe. Cependant, la mondialisation du marché des carburants signifie que les décisions prises en Asie ou en Russie affectent directement les prix à la pompe. Le détroit d’Ormuz, qui voit passer près de 20 % du pétrole mondial, représente un goulet d’étranglement stratégique. Son blocage prolongé pourrait inciter de nombreux pays à puiser dans leurs réserves ou à rationner leur consommation, ce qui aurait des répercussions économiques importantes.
Cette crise met en lumière la fragilité des équilibres énergétiques mondiaux. Entre les tensions géopolitiques, les décisions unilatérales des grands producteurs et la psychose des consommateurs, le spectre d’une pénurie généralisée devient plus tangible. Dans un marché aussi interconnecté, une simple étincelle en Asie ou au Moyen-Orient peut faire flamber les prix partout ailleurs.














