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Les efforts de régénération après les incendies

Depuis le début de l’été, plus de 110 000 hectares de forêts françaises ont été détruits par le feu. Les incendies touchent toutes les régions du pays, mettant à rude épreuve la biodiversité. Les forestiers sont déjà mobilisés pour limiter les dégâts et préserver la faune et la flore encore présentes. Leur objectif est aussi de renforcer ces milieux naturels à long terme.

La sécurisation des espaces brûlés

La première étape consiste à sécuriser les zones incendiées. Christophe Chantepy, expert en Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI), explique que cela passe souvent par l’abattage du bois calciné. Ce bois, souvent abîmé en surface mais encore intact au cœur, peut être valorisé. Il est transformé en papier ou en bois-énergie, ce qui permet de limiter les risques et de tirer parti de ces ressources.

Selon lui, ce bois est retiré pour des raisons paysagères, afin d’éviter la présence de débris calcinés dans certains secteurs, ou pour des raisons de sécurité, pour empêcher la chute d’arbres morts sur les passants ou la faune.

Les différentes stratégies selon la propriété des terres

La gestion de la reconstitution dépend aussi de la propriété des terrains. En France, 74 % des forêts sont privées, ce qui laisse leurs propriétaires libres de choisir leur méthode de replantation. En revanche, pour les forêts publiques, représentant 26 %, l’effort de reboisement sera plus important, car de vastes zones ont été touchées.

Plus de 80 départements ont connu des incendies d’au moins 10 hectares, certains dépassant 1 000 hectares. Des régions comme le Var, les Pyrénées-Orientales ou encore la Gironde ont été particulièrement impactées, témoignant de l’ampleur du phénomène.

Une régénération naturelle encouragée

Face à ces dégâts, l’ONF (Office National des Forêts) souligne que la nature est résiliente. La régénération naturelle peut commencer rapidement, car des graines dormantes dans le sol peuvent germer après un incendie. Certains arbres libèrent même des graines lors du passage du feu. Les forestiers prévoient d’observer cette phase pendant deux à quatre ans avant d’intervenir.

Ensuite, pour limiter les risques futurs, ils envisagent de planter des espèces adaptées aux conditions locales. L’objectif est d’augmenter la résilience des forêts face au changement climatique et aux incendies, en introduisant de nouvelles essences qui s’adaptent mieux aux sols, à l’exposition et à la pluviométrie locale.

Migration assistée et mosaïque forestière

Pour faire face à la montée des températures, certains experts, dont Christophe Chantepy, proposent la migration assistée. Il s’agit d’introduire volontairement des espèces méditerranéennes dans des zones plus au nord, comme le Jura ou le centre de la France, où elles ne pousseraient pas naturellement. Cette approche vise à anticiper le changement climatique.

Les plantations incluent des arbres tels que le cèdre de l’Atlas, le chêne pubescent ou les pins d’Alep. En créant des mosaïques forestières avec des essences variées, on peut réduire la vitesse et l’intensité des feux. Par exemple, certains arbres ont une écorce épaisse ou une hauteur qui limite la propagation du feu.

Selon l’expert, l’épaisseur de l’écorce est cruciale, car elle protège le bois lors des incendies de faible intensité, empêchant la propagation du feu à l’intérieur de l’arbre.

Le temps, seul maître de la régénération

La réussite de ces efforts dépend du temps. Les jeunes arbres sont très vulnérables en début de vie. Si un feu se répète avant leur maturation, cela peut être catastrophique. En effet, pour qu’un arbre puisse produire des graines, il doit atteindre une certaine maturité. Si un feu survient moins de 20 ans après la première, il est possible que la forêt ne se reconstitue pas, ou qu’elle régresse de façon irréversible.

Selon les experts, une zone peut retrouver son aspect verdoyant en quatre à six ans. Cependant, il faut entre 70 et 100 années pour que les arbres atteignent une taille significative, de 10 à 20 mètres de haut. La tâche des forestiers ne s’arrête pas à la simple recolonisation : elle ne fait que commencer.

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