Une période à risques pour l’addiction aux paris sportifs
La Coupe du monde de football, qui a débuté le 11 juin en Amérique du Nord, est un événement mondial très suivi. Cependant, cette période est également propice à l’addiction aux paris sportifs, en particulier chez les jeunes et les joueurs excessifs, ciblés par le marketing puissant des opérateurs de jeux d’argent.
Des questions courantes dans la vie quotidienne
Pendant la compétition, il n’est pas rare d’entendre des questions telles que « Tu as mis le bon prono ? » ou « Ton pari est passé ? ». Ces échanges, fréquents en famille, entre amis ou en entreprise, témoignent de l’engouement pour les paris sportifs, qui peuvent parfois devenir une source de danger pour la santé mentale et financière.
Un marché en forte croissance
En France, le marché des jeux d’argent a atteint près de 14 milliards d’euros en 2024. La part des paris sportifs a augmenté de 14,8 % en un an. Parmi les 3,9 millions de joueurs en ligne dans le pays, 87 % sont des parieurs sportifs, principalement des hommes jeunes. En 2024, 30,5 % des parieurs sportifs ont entre 18 et 24 ans, et 18 % des jeunes de cette tranche d’âge jouent en ligne.
Les parieurs excessifs, une majorité à risque
Selon les médecins, un parieur excessif est une personne qui perd le contrôle de son jeu, incapable d’arrêter ou de réduire ses paris malgré des conséquences négatives. En France, ces joueurs représentent environ 15 % des parieurs, soit trois fois plus que la moyenne des autres jeux d’argent. Les opérateurs sportifs dépensent cette année 785 millions d’euros en publicité, en hausse de 25 %, pour attirer ces profils vulnérables.
Les stratégies marketing ciblant les jeunes
Les opérateurs cherchent à augmenter de 25 % le nombre de parieurs pendant la Coupe du monde, du 11 juin au 19 juillet. La publicité est particulièrement présente sur les réseaux sociaux comme TikTok, Snapchat ou Instagram, visant surtout les jeunes issus de quartiers populaires. Ces campagnes s’appuient sur la reconnaissance sociale, la quête d’indépendance et la promesse de gains rapides.
Les leviers utilisés incluent la célébrité, l’émancipation et la simplicité d’accès via smartphone ou internet. La majorité de leur chiffre d’affaires, environ 60 %, provient de joueurs qui perdent le contrôle de leur jeu.
Un emballement du système de récompense
Sur le plan médical, les profils des joueurs excessifs sont similaires. Un gros gain initial, qui augmente la dopamine, incite le joueur à continuer à parier pour retrouver cette sensation de plaisir. La docteure Marie-Aude Cham explique que ces comportements débutent souvent précocement, avec une fréquence élevée et parfois en lien avec d’autres troubles psychiatriques ou addictions.
Les mécanismes d’addiction aux paris sportifs sont comparables à ceux des drogues, avec une pulsion et une gratification immédiate. La facilité d’accès via smartphone favorise une impulsivité accrue, notamment dans le cas des paris en direct, qui intensifient la prise de décision rapide et le risque de « chasing » (rejouer pour se refaire).
Les biais cognitifs renforcent l’addiction
Les joueurs compulsifs ont souvent une illusion d’expertise, croyant maîtriser le sport, les statistiques ou les équipes. Ils se convainquent parfois qu’un résultat était prévisible, renforçant leur confiance et leur désir de rejouer, malgré leurs pertes. Ces biais cognitifs, comme le biais de confirmation ou de quasi-gain, jouent un rôle clé dans la persistance du comportement.
Un phénomène qui débute tôt
Les enquêtes montrent que la majorité des joueurs mineurs commencent à parier entre 13 et 15 ans. Ce début précoce pose un problème de protection, car leur cerveau n’est pas encore mature. Ils risquent de perdre le contrôle, d’accumuler des dettes, d’emprunter de l’argent ou de mentir à leur entourage.
Comment lutter contre l’addiction ?
Pour certains, l’addiction aux paris sportifs peut être un symptôme d’un trouble psychiatrique plus profond. Il est conseillé de parler autour de soi et de consulter des professionnels. Différentes approches existent, allant de l’arrêt complet à la réduction progressive des paris, en fixant des objectifs précis.
Les opérateurs proposent aussi des outils pour se limiter : fixation de plafonds de dépôt, limites de mise quotidienne ou hebdomadaire, ou encore la possibilité de s’auto-exclure. Il est possible de bloquer son compte pour une période déterminée ou de demander une interdiction totale de jeu, en fournissant une pièce d’identité.
Malgré ces mesures, il reste difficile d’empêcher certains joueurs de continuer à parier, notamment en se rendant dans des points de vente physiques. Il est souvent recommandé de demander de l’aide pour sortir de cette dépendance.














