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Une mise en cause après une addiction aux paris hippiques

Ancien maire du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), Jean-Marc Nicolle doit comparaître à partir du 15 juin devant le tribunal correctionnel de Créteil. Il est poursuivi pour des faits présumés de corruption. Selon l’accusation, il aurait utilisé de l’argent provenant d’entreprises liées à la ville pour financer sa dépendance aux paris hippiques.

Une carrière politique interrompue par ses problèmes personnels

Jean-Marc Nicolle, âgé de 53 ans, n’était maire du Kremlin-Bicêtre que depuis un an et demi lorsque la police a effectué des perquisitions à son domicile et à l’hôtel de ville, les 22 et 23 mai 2017. Peu avant, le parquet de Créteil avait ouvert une enquête préliminaire pour « trafic d’influence », une forme de corruption impliquant la réception de dons en échange d’avantages. À cette époque, la presse évoquait également des soupçons d’attribution frauduleuse de marchés publics.

Ces révélations n’ont pas immédiatement secoué la vie locale. La période coïncidait avec la campagne des élections législatives dans cette circonscription du Val-de-Marne, très disputée, à trois semaines du premier tour. La pause estivale approchait.

Des liens avec un rapport de la Cour des comptes

Certains observateurs pensent que la justice s’intéresse aux finances de la mairie suite à un rapport publié quelques semaines plus tôt, le 31 mars 2017, par la Cour des comptes. Ce rapport relevait des irrégularités dans la gestion de la commune depuis 2009, notamment l’achat de biens pour plusieurs millions d’euros sans respecter les procédures d’appel d’offres classiques.

Cependant, l’enquête du parquet de Créteil ne découle pas directement de ce rapport. En réalité, elle a été déclenchée après un signalement de Tracfin, la cellule de renseignement financier, fin septembre 2016. Ce dernier évoquait des versements de 240.000 euros effectués par plusieurs entreprises liées à la commune. Selon Tracfin, cet argent aurait été utilisé pour financer des paris hippiques.

Les révélations lors de la garde à vue

Les choses ont été révélées au grand public après la garde à vue de Jean-Marc Nicolle et de sa directrice de cabinet, le 28 mars 2018. Ils ont été mis en examen deux jours plus tard. Des éléments de l’enquête ont commencé à fuiter.

Il a été établi que le maire avait effectué plus de 45.000 paris, entre 2010 et 2017, pour un total d’environ 975.000 euros. Lors de son audition, il a expliqué ne pas avoir réalisé l’ampleur de ses dépenses, qu’il attribuait à une pratique compulsive. Il a précisé qu’il jouait principalement en ligne, avec une plateforme de paris hippiques à résultats rapides, qui sont très addictifs, semblables à des machines à sous.

Une addiction qui a facilité ses malversations

Prisonnier de son addiction, Jean-Marc Nicolle aurait cherché à financer ses paris frénétiques en détournant des fonds publics. Selon les enquêteurs, il aurait utilisé la trésorerie d’une association locale d’amateurs de vin, Au sergent du Kremlin, pour obtenir de l’argent.

Il est aussi soupçonné d’avoir favorisé certains marchés publics en contrepartie de commissions illégales, sous forme de subventions versées à cette association. Sa directrice de cabinet, également poursuivie, aurait récupéré ces fonds pour les remettre au maire.

Les réponses du maire et ses déclarations

Mi-avril 2018, Jean-Marc Nicolle a adressé une lettre ouverte à tous les habitants de la commune, qui compte 25.000 habitants. Il y a nié toute utilisation d’argent public dans cette affaire, évoquant des dons sous forme de mécénat par des entreprises pour valoriser leur image. Il a également affirmé avoir arrêté de jouer et avoir surmonté son addiction.

Dégradation de sa carrière politique

Malgré ses dénégations, la situation s’est détériorée pour lui. La relation avec son mentor, Jean-Luc Laurent, s’est brisée. Ce dernier, qui a dirigé la ville pendant plusieurs années, a publiquement rejeté son ancien protégé après sa mise en examen. Le parti qu’ils avaient rejoint ensemble, le MRC, a décidé de porter plainte contre lui, notamment pour avoir perçu indûment plus de 64.500 euros de leur part, pour des prestations non justifiées.

Une fin de mandat difficile

Après ces événements, Jean-Marc Nicolle a été hospitalisé suite à un malaise. La crise a divisé la majorité municipale : certains réclamaient sa démission, d’autres lui sont restés fidèles. Il a alors décidé de retirer ses délégations à Jean-Luc Laurent. Les séances du conseil municipal sont devenues tumultueuses, et le maire a eu du mal à faire adopter le budget.

Lors des municipales de 2020, il a perdu son siège face à son ancien mentor, arrivé en tête de peu. Désormais conseiller municipal d’opposition, il travaille aujourd’hui dans un cabinet de conseil en finances publiques.

Procès prévu en 2024

En mars 2024, un juge d’instruction a décidé de renvoyer Jean-Marc Nicolle devant le tribunal correctionnel. Il est poursuivi pour plusieurs infractions, notamment abus de confiance, escroquerie, favoritisme, corruption passive, trafic d’influence et blanchiment. La peine encourue peut atteindre dix ans de prison et un million d’euros d’amende.

Le procès, initialement prévu en début d’année, a été repoussé au 15 juin. Ce dossier, neuf ans après le début de l’enquête, illustre la gravité des accusations contre lui.

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