Une décision surprenante de la section disciplinaire de la Sorbonne
En septembre dernier, une étudiante de la Sorbonne avait été exclue d’un groupe de discussion sur Instagram, suite à des propos à caractère antisémite. Elle avait créé un groupe destiné aux étudiants de sa promotion, intitulé « Groupe licence 1 éco Sorbonne ». Rapidement, elle avait écrit : « S’il y a d’autres sionistes dans ce groupe en plus de ceux que j’ai déjà jetés, on ne veut pas de vous ici » avec un emoji représentant le drapeau palestinien. Elle avait également exclu plusieurs étudiants ayant des noms ou prénoms à consonance juive.
Malgré cette situation, la section disciplinaire de l’université Paris 1 a décidé, cinq mois plus tard, de ne pas sanctionner cette étudiante. La décision a suscité de la colère, notamment chez la mère d’une étudiante exclue du groupe. La mère a exprimé son incompréhension face à l’absence de sanctions, alors que l’université dispose de plusieurs mesures possibles, allant de l’avertissement à l’exclusion.
Les conséquences pour les étudiants concernés
Cette affaire a eu des répercussions concrètes sur la vie des jeunes filles impliquées. Deux étudiantes de 17 et 18 ans, qui venaient de finir le lycée, ont été contraintes de changer d’université après les événements. Selon leur avocate, l’une d’elles aurait ressenti un isolement et un harcèlement en cours, avec des propos haineux prononcés à leur encontre. La mère de l’une d’elles a expliqué que sa fille avait été victime de regards insistants et de commentaires hostiles, notamment lors d’un cours où des étudiants auraient dit que « les sionistes allaient devoir payer pour ce qu’il s’était passé ».
Ces jeunes femmes avaient également été confrontées à un sondage sur WhatsApp, demandant « Pour ou contre les Juifs ? », avant d’être exclues du groupe Instagram. Cette succession d’incidents a marqué le début de leur année universitaire dans un contexte très difficile.
Une affaire qui s’inscrit dans un contexte judiciaire et législatif
La jeune femme mise en cause affirme avoir exclu des personnes du groupe en raison de leur suivi de comptes militaires pro-Israël, évoquant un motif politique. La section disciplinaire de Paris 1 a quant à elle parlé d’« exclusions maladroites ». La prévenue a présenté des excuses après la médiatisation de l’affaire, et la présidente de la section disciplinaire a précisé que ce qui se passe dans des groupes privés ne relèverait pas de la responsabilité de l’université.
Ce point de vue est contesté par plusieurs avocats, qui expliquent que la section disciplinaire de l’université a le pouvoir de sanctionner ce type de comportements. Composée à parts égales d’étudiants et d’enseignants, cette instance est normalement chargée de gérer les sanctions pour des fautes graves, notamment celles liées au racisme ou à l’antisémitisme.
De son côté, l’université a décidé de faire appel de la décision initiale. La section disciplinaire avait à l’époque condamné fermement les faits. Par ailleurs, le ministre de l’Enseignement supérieur avait déclaré que des mesures seraient prises pour sanctionner ces actes « écœurants ».
Les suites judiciaires et législatives
Ce mercredi, l’affaire sera examinée par le tribunal correctionnel de Paris. La jeune femme mise en cause est poursuivie pour harcèlement scolaire et provocation à la haine raciale. La loi contre l’antisémitisme à l’université, votée en juillet dernier, permet désormais à l’université de saisir un conseil extra-académique, présidé par un magistrat, pour traiter ce type de dossiers.
Invité de BFMTV, le ministre de l’Enseignement supérieur a exprimé son souhait que des sanctions soient appliquées dans cette affaire, après l’intervention de l’université.














