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Fin de vie : le Sénat rejette la réforme, le débat enflammé

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Le débat sur la fin de vie a récemment été marqué par une forte opposition au Sénat. Alors que le gouvernement souhaitait légiférer pour offrir un nouveau droit aux patients en fin de vie, la majorité de droite et du centre a choisi de s’en tenir au cadre existant, basé sur la loi Claeys-Leonetti. Ce rejet ravive un sujet sensible, entre attentes des familles, positions des professionnels de santé et lignes rouges fixées par certains responsables politiques.

Ce mercredi 28 janvier, les sénateurs ont examiné deux textes : un premier, très consensuel, visant à renforcer l’offre de soins palliatifs, et un second portant sur une « aide active à mourir » encadrée pour certains patients. Cependant, ce dernier a été totalement réécrit : toute référence à une aide à mourir a été supprimée, malgré un vote favorable de l’Assemblée nationale en faveur de l’« assistance médicale à mourir ». Cette décision a immédiatement créé des tensions dans l’hémicycle, marquant le début d’un rapport de force.

Le Sénat supprime l’aide à mourir

Le 21 janvier 2026, lors de l’examen du projet de loi, le Sénat a décidé de supprimer l’aide à mourir en rejetant l’article central par 144 voix contre 123. Le texte qui décrivait les conditions d’accès à cette assistance a été remplacé par une déclaration affirmant un « droit au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance ». Ce changement a été fortement influencé par l’aile conservatrice de la majorité, notamment Bruno Retailleau.

En commission, les sénateurs avaient déjà durci le texte en limitant cette aide aux malades dont le pronostic vital était engagé à très court terme, quelques heures ou quelques jours. La version adoptée à l’Assemblée en mai 2025 permettait quant à elle d’étendre cette assistance à des patients atteints de maladies graves et incurables, souffrant de manière constante, même si leur espérance de vie pouvait encore atteindre plusieurs semaines ou mois.

Un texte jugé dénué de sens par ses propres rapporteurs

Au fil des débats, l’atmosphère s’est tendue. Philippe Mouiller, président LR de la commission des affaires sociales, a lui-même déclaré que le projet était désormais « vidé de sens ». Plusieurs élus communistes et socialistes ont qualifié le texte de « fantôme » ou de « mascarade », dénonçant une dilution de la promesse gouvernementale. Certains sénateurs de gauche, comme Patrick Kanner, ont critiqué un « débat dogmatique et politicien », où les convictions semblent primer sur la recherche d’un compromis.

Concrètement, la version du Sénat ne prévoit plus aucun nouveau droit à l’aide à mourir. Elle se limite à réaffirmer le cadre de la loi Claeys-Leonetti, qui prévoit déjà des soins palliatifs, le refus de traitement, et la sédation profonde jusqu’au décès. Les opposants à l’euthanasie ou au suicide assisté justifient leur position par la nécessité de protéger les plus fragiles. À l’inverse, ceux qui défendent un droit à l’aide à mourir considèrent que ces situations extrêmes ne disposent pas encore de réponses suffisantes.

Une bataille parlementaire en cours

Le texte doit maintenant revenir devant l’Assemblée nationale, où il sera réexaminé à partir de la semaine du 16 février 2026. Le gouvernement souhaite une adoption définitive avant l’été. La présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, espère que les députés rétabliront l’aide à mourir. De son côté, Emmanuel Macron a exprimé sa volonté d’« aller au bout du travail législatif » sur ce sujet.

En attendant, la loi Claeys-Leonetti continue de régir la fin de vie en France, sans droit explicite à une aide à mourir. Le bras de fer entre le Sénat et l’Assemblée nationale déterminera jusqu’où la politique française en matière de fin de vie pourra évoluer dans les prochains mois.

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