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Un tournant démographique majeur se produit en France. En 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nombre de décès a dépassé celui des naissances. Selon l’Insee, il y a eu 651 000 décès contre 645 000 naissances. Ce déclin est en réalité ancien : depuis 2010, le nombre de naissances a chuté d’environ 25 %, et le taux de fécondité a atteint 1,56 enfant par femme, un niveau historiquement bas.

Ce constat a été abordé lors d’un débat sur l’émission «C ce soir» sur France 5, mercredi 14 janvier. La journaliste Renée Greusard, spécialiste des questions de parentalité, y a particulièrement attiré l’attention. Invitée à réagir à la chute de la natalité, elle a expliqué pourquoi elle et son conjoint ont décidé de ne pas avoir de troisième enfant.

Une décision motivée par la santé mentale, financière et physique

Renée Greusard a déclaré qu’elle et son partenaire souhaiteraient avoir un troisième enfant, mais qu’ils ne le feront pas par souci de préserver leur santé mentale, financière et physique. Elle a évoqué l’épuisement, la charge mentale constante et le calcul permanent que cela implique. Elle souligne que cette réalité est souvent vécue en silence par de nombreux parents.

Elle, mère de deux garçons, connaît bien cette fatigue. Même avec un entourage solide — famille et proches — elle avoue que «c’est hyper difficile» et que «l’épuisement est là». Elle cite des chiffres alarmants : 6 % de parents en burn-out parental, 20 % de femmes souffrant de dépression post-partum. Sur le plan économique, une femme perd en moyenne 30 % de ses revenus à long terme lorsqu’elle devient mère.

Le manque de solidarité et d’infrastructures adaptées

Selon Renée Greusard, la disparition du «village» ou des structures de soutien traditionnelles aggrave la situation. Elle rappelle qu’historiquement, les modes d’éducation étaient plus solidaires, notamment grâce à l’alloparentalité, où plusieurs membres de la communauté participaient à l’élevage des enfants. Aujourd’hui, cette solidarité a disparu au profit de la famille nucléaire, ce qui complique encore la parentalité.

Une société qui marginalise l’enfant

Un autre intervenant, Maxime Sbaihi, économiste et auteur, a illustré cette évolution en évoquant la perception des enfants dans l’espace public. Il raconte qu’il ressent souvent le regard désapprobateur lorsqu’il voyage avec son fils de deux ans, comme si c’était un scandale. Selon lui, les enfants sont de plus en plus vus comme une nuisance.

Renée Greusard ajoute que dans les années 1980, il y avait des équipements comme des toboggans dans les trains de la SNCF. Aujourd’hui, ce genre d’aménagement et d’attitudes ont disparu. Elle questionne aussi le manque de structures adaptées pour accueillir, jouer et éduquer les enfants, ce qui contribue à leur marginalisation dans la société.

Une réalité partagée par de nombreux parents

Sur les réseaux sociaux, beaucoup de parents expriment leur fatigue et leur saturation. Certains expliquent qu’ils aiment l’idée d’avoir un autre enfant, mais choisissent de s’arrêter pour préserver leur santé mentale, leur liberté ou leur vie sociale. La charge mentale, encore majoritairement supportée par les femmes, pèse lourdement sur leur corps, leur carrière et leur avenir.

Ces témoignages révèlent une parentalité devenue exigeante, souvent à l’usure. La société valorise encore le désir d’enfant, mais ne met pas toujours en place les conditions nécessaires pour que cette volonté puisse s’épanouir sereinement. Comme le rappelle un commentaire largement partagé : «Les ressources d’une mère sont immenses, mais elles ne sont pas inépuisables».

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